Introduction

Le psychiatre suisse Dr Lachenmeier précise dans son ouvrage Mit ADHS erfolgreich im Beruf qu’un grand nombre de personnes diagnostiquées avec un TDAH reçoivent une aide insuffisante, qui ne leur permet pas de développer une meilleure connaissance et une estime de soi, un meilleur self-concept et une compréhension de leur fonctionnement. Cela pourrait expliquer les constats ci-dessous dans de nombreux cas. Lorsque l’aide apportée est adéquate (cf. Thérapie du TDAH pour un rapide tour de la question), ces personnes peuvent atteindre de bons niveaux de réussite dans de nombreux cas.
Par ailleurs, il faut regarder au cas par cas, les high-functionning ADHD (TDAH à expression plus discrète sans difficultés particulière réussissant bien professionnellement) sont évidemment moins souvent diagnostiqués, et peuvent être sous-représentés dans les études (selon les modalités de recrutement).
Il faut aussi garder à l’esprit qu’il n’existe pas deux personnes avec un TDAH qui se ressemblent. Chacun se situe sur un spectre dans l’expression des différents symptômes (attention, impulsivité, hyperactivité etc.) : il n’y a pas de profil type, mais des combinaisons de symptômes plus ou moins marquées qui s’exprimeront différemment, selon l’environnement (goodness of fit), les ressources de l’individu mais aussi selon la présence ou l’absence d’un intérêt pour le domaine. Leur manifestation dans le travail, ainsi que les stratégies de compensation, peuvent donner lieu à des situations très variées, parfois même opposées. Par exemple, certaines personnes ne supportent pas l’open space, tandis que d’autres se concentrent mieux avec un bruit de fond, comme dans un café…ou un open-space. C’est pourquoi des auteurs tels que le Dr Hallowell soulignent l’importance de trouver une activité en lien avec ses centres d’intérêt, cela facilité beaucoup de choses.
Donc que disent les statistiques?
Les symptômes du TDAH se manifestent au cours du parcours scolaire, de la formation et, enfin, dans la vie professionnelle. Souvent, à l’école et à l’université, les conséquences du TDAH se révèlent par des troubles de la motivation, une mauvaise auto-organisation et une concentration limitée. Les personnes concernées obtiennent fréquemment, malgré une intelligence équivalente, des niveaux d’études inférieurs (Biedermann et al., 1993).
Les personnes touchées par le TDAH ont statistiquement plus souvent un revenu inférieur par rapport à la population générale. Cela s’explique par le fait qu’elles restent souvent en dessous de leurs possibilités et n’atteignent pas le diplôme scolaire auquel elles seraient capables d’accéder. Beaucoup de personnes avec TDAH ne parviennent pas au cours de leur vie à exploiter leur potentiel et à s’épanouir professionnellement de manière à être satisfaites d’elles-mêmes, de leur statut social et de leur revenu. Le développement professionnel d’une personne est essentiellement déterminé par le niveau d’éducation atteint.
Des diplômes moins élevés entraînent un revenu plus faible et un statut social plus bas. De plus, nous constatons chez les personnes avec TDAH une moindre satisfaction au travail, des périodes de chômage plus fréquentes, des emplois à temps partiel et des licenciements plus courants (Barkley 2002, Biedermann et al. 2006). Elles reçoivent également plus souvent une évaluation de performance moins bonne (Barkley 2006).
Les personnes touchées par le TDAH restent souvent, dans leur performance professionnelle, en dessous de leurs possibilités intellectuelles (Biedermann 2008).
Le fait que les personnes avec TDAH développent plus fréquemment une dépression ou une addiction est une autre raison de la moindre performance au travail et du plus grand nombre de jours d’absence pour maladie (de Graaf et al. 2008). La santé mentale des personnes avec TDAH est globalement moins bonne que celle de la population générale.
Les changements de travail fréquents sont essentiellement causés par des crises sur le lieu de travail dues à une compétence sociale réduite, à l’oubli, à la procrastination, à l’agitation intérieure, ainsi qu’à une capacité de performance réduite.
Pourquoi les personnes avec un TDAH ont-elles des problèmes professionnels ?

Les symptômes du TDAH, qui se manifestent déjà dans l’enfance, jouent plus tard un rôle encore plus important dans la vie professionnelle quotidienne. Il s’agit maintenant de fournir une performance constante. Les tâches sont clairement définies. Le travail d’équipe est requis. Il faut développer des projets communs. L’employeur, qui paie pour le travail, a des exigences claires qu’il souhaite voir remplies dans un délai donné. En collaboration avec d’autres collègues, il est important de respecter la ponctualité et la fiabilité, afin que les autres puissent également utiliser le travail fourni ou s’appuyer dessus. Il est donc important de commencer les travaux à temps, de les mener à terme, de garder une vue d’ensemble et de pouvoir prioriser.
Le développement de la compétence sociale joue un rôle décisif dans la carrière professionnelle. Le bon traitement des collègues, des supérieurs et des clients suppose un comportement socialement acceptable. Dans le contact avec autrui, la décence, la politesse, le respect et l’appréciation d’autres personnes jouent un rôle important. Le retard de maturation des personnes concernées, ce qui signifie qu’elles peuvent parfois être en retard de jusqu’à 5 ans dans leur comportement social, se manifeste surtout au début de la vie professionnelle. Elles peuvent certes fournir de bonnes performances intellectuelles, mais réagir ensuite, au moment suivant, de manière très enfantine et immature. Les personnes avec TDAH peuvent non seulement changer rapidement d’humeur et d’opinion, mais aussi changer d’âge. Alors certains collègues de travail se demandent comment une personne avec TDAH par ailleurs très instruite peut se comporter de manière si incontrôlée et immature lorsqu’elle se sent attaquée ou traitée injustement.
Même avec des performances spécialisées excellentes, on perd les sympathies de ses semblables si l’on ne respecte pas les règles sociales. Ce sont précisément les personnes avec TDAH qui ont souvent de grandes difficultés à saisir les lois non écrites du comportement social et, encore plus, à les respecter. Il leur est si difficile d’aborder les autres avec une amabilité et une politesse constantes. Surtout dans les situations de conflit, elles ont tendance à ne pas garder leurs émotions sous contrôle et à blesser d’autres personnes, souvent involontairement. Même si les personnes avec TDAH fournissent de bonnes performances, elles peuvent les annuler si elles travaillent de manière peu fiable, pètent un câble ou blessent leurs collègues parce qu’elles n’ont pas maîtrisé leur impulsivité et leur colère.
Cela peut aussi devenir difficile car la performance au travail n’est pas stable, mais peut être très variable. Tout ce qui est intéressant et passionnant peut être très bien géré. Lorsque les tâches sont ennuyeuses, nécessitent beaucoup de soins ou qu’il s’agit d’accomplir des travaux de routine, cela peut devenir difficile pour les personnes avec TDAH. Le succès d’une équipe dépend toutefois du fait que tous ses membres accomplissent leurs tâches, travaillent les uns avec les autres et les uns pour les autres, et que l’on puisse compter les uns sur les autres.
Les symptômes principaux du TDAH influencent donc essentiellement la qualité du travail professionnel et celle de la compétence sociale.

Voici d’abord la trouble de la concentration qui est importante. La trouble de la concentration liée au TDAH se manifeste par une durée d’attention raccourcie, une manière de travailler fugace et saccadée, et une perception superficielle avec des erreurs de négligence qui en résultent. Les personnes avec TDAH peuvent être distrait par chaque stimulus, aussi petit soit-il. Elles interrompent leur travail pour se tourner vers un stimulus nouvellement apparu. Cela les rend souvent lentes et distraites. En raison des processus de pensée et de travail constamment interrompus, elles perdent souvent le fil. Souvent, elles négligent des détails importants qui sont essentiels pour la résolution de la tâche. Ou alors elles restent accrochées aux détails et ne terminent pas leur travail, car elles accumulent toujours plus d’informations sans pouvoir saisir et traiter les points essentiels.
Cela s’appelle une faiblesse de priorisation. Les personnes touchées par le TDAH perçoivent tous les stimuli comme également importants. Cela a pour conséquence qu’il leur est très difficile de décider par quelle tâche elles doivent commencer, car tout est important pour elles. Elles commencent d’une manière ou d’une autre, à un moment ou à un autre, quelque chose, sans plan, et se perdent ainsi dans l’abondance de leurs pensées et possibilités. Elles aiment aussi se perdre dans des ramifications toujours plus lointaines de choses secondaires. À l’école, cela se manifeste dans la rédaction de dissertations comme «thème manqué ». Au travail, elles provoquent les froncements de sourcils de leurs supérieurs, car elles prennent beaucoup trop de temps et ne terminent pas les tâches qui leur sont posées de manière satisfaisante. Le fait de s’accrocher aux détails, les éclats de pensée saccadés et distraits empêchent souvent un travail efficace. C’est pourquoi ils peuvent aussi empêcher un succès professionnel stable. Avoir une vue d’ensemble, saisir l’essentiel et traiter une tâche de manière planifiée sont des conditions essentielles pour que l’employeur soit satisfait des performances de ses employés.
En outre, il apparaît que les personnes touchées par le TDAH ont de grands problèmes avec leur auto-organisation. Leurs bureaux ressemblent souvent à un ensemble de piles qui grandissent chaque jour et devant lesquelles elles capitulent déjà à la simple vue. Les personnes avec TDAH perdent beaucoup de temps à chercher, car elles ne classent pas correctement les dossiers, ne trouvent pas les documents importants et elles risquent souvent de s’y perdre dans leur propre chaos. Il leur est difficile de mettre les choses à la bonne place, d’organiser systématiquement les documents, d’étiqueter les dossiers et les classeurs et d’automatiser des processus de travail sensés. Elles mènent une lutte quotidienne contre leur propre chaos, qu’elles perdent trop souvent. Les collègues se demandent pourquoi elles ne terminent jamais leur travail.

La procrastination est très typique des personnes touchées par le TDAH. Les travaux ne sont accomplis que dans l’ultime urgence, ce qui peut régulièrement pousser les collègues à la folie. Toute l’équipe est mise sous pression. Il est compréhensible que cela coûte la reconnaissance et l’appréciation dans l’équipe. Le travail effectivement accompli ne vient souvent pas à juste titre à s’exprimer à cause de ce comportement nuisible à l’équipe. Les collègues développent ainsi de plus en plus de colère et de mécontentement, car ils dépendent de l’aide des personnes avec TDAH et leur propre performance de travail est affectée. Les collègues ne peuvent pas comprendre pourquoi les personnes avec TDAH ne commencent pas simplement à temps et accomplissent les tâches posées calmement et systématiquement. Ils peuvent interpréter ce comportement comme un désintérêt ou un égoïsme. Ils ne connaissent pas les difficultés neurobiologiques des personnes avec TDAH et à quel point il est difficile pour elles de développer un style de travail ordonné. Du mécontentement surgit aussi lorsque les personnes avec TDAH sont peu fiables et ne traitent pas les travaux de manière complète et approfondie. Les collègues, à qui cela procure du travail supplémentaire, trouvent simplement ça pas évident à accepter simplement. Les personnes avec TDAH sont souvent des maîtres dans les excuses qu’elles se racontent à elles-mêmes et aux autres. Les collègues sont alors déçus ou se sentent exploités, peut-être aussi blessés, lorsque des promesses ne sont pas tenues ou que des excuses sont toujours présentées. La fiabilité et la prévisibilité sont des facteurs de succès essentiels dans la profession et sont constamment exigés.
Les personnes touchées par le TDA (trouble de l’attention, sans hyperactivité) hypoactif souffrent elles-mêmes beaucoup du fait qu’elles travaillent trop lentement, de manière trop compliquée et qu’elles ne terminent jamais dans le temps prévu. Elles travaillent alors souvent en cachette et développent un sentiment de honte prononcé pour leur lenteur. Souvent, des traits obsessionnels et perfectionnistes surgissent chez elles, car elles connaissent leur étourderie et leurs erreurs de négligence et se contrôlent de manière compensatoire toujours plus fort. Elles ne se font pas confiance elles-mêmes et avec leurs obsessions elles deviennent encore plus lentes. Sous ce stress, elles développent plus fréquemment un burn-out ou d’autres symptômes de stress.

S’ajoute la mauvaise gestion du temps des personnes touchées par le TDAH. Elles perdent le temps et elles sont souvent en retard. D’autres personnes trouvent cela égoïste. Les collègues de travail peuvent réagir avec indignation lorsqu’ils ont dû attendre à plusieurs reprises les personnes avec TDAH ou que le rendez-vous a été complètement oublié.
Beaucoup de personnes avec TDAH sont aussi très oublieuses. On leur dit quelque chose, elles hochent la tête et au moment suivant cette tâche a disparu dans l’univers, car une autre pensée est apparue. Il est souvent comme si une nouvelle pensée effaçait l’ancienne pensée. Les concernés n’ont tout simplement plus accès à cela et comme elles sont constamment distrait, cela se produit souvent de nombreuses fois par jour. Tout le monde n’a pas de compréhension pour toutes ces petites et grandes oublis qui peuvent entraîner une performance de travail nettement diminuée.
Les personnes touchées par le TDAH peuvent souvent beaucoup parler et peu écouter. Dans la conversation, elles coupent souvent la parole aux autres, ne laissent pas aux autres l’espace approprié dans la conversation. Souvent, elles n’ont pas encore de position claire avant de commencer à parler. Elles peuvent aussi changer rapidement d’opinion, ce qui peut irriter leurs semblables.
Les personnes touchées par le TDAH peuvent avec leur trouble du contrôle des impulsions devenir très rapidement en colère ou blessées, apparemment sans raison ou à cause des moindres motifs. Dans de telles situations, elles peuvent alors perdre le contrôle dans leur colère. Ou se retirer lorsqu’elles se sentent blessées. Leur hypersensibilité conduit à ce qu’elles ressentent des blessures et des rejets (cf. rejection sensitive dysphoria ou RSD) même lorsque ceux-ci ne sont pas du tout intentionnels de la part de leur interlocuteur. Et elles réagissent alors souvent violemment. Beaucoup de personnes avec TDAH ont cette hypersensibilité prononcée. Cela est aussi problématique dans l’environnement professionnel, car elles réagissent si rapidement blessées et se sentent si rapidement blessées, critiquées et rejetées. Elles se tournent alors autour de leurs sentiments blessés. Elles peuvent mal interpréter les mots et les phrases et elles insistent alors sur leur point de vue. Elles prennent beaucoup trop personnellement et rapportent tout à elles-mêmes.
Le sens de la justice prononcé des personnes avec TDAH peut les amener à s’engager constamment dans un combat pour ce qui est, à leurs yeux, la justice. Elles ne se demandent alors pas si elles doivent mener ce combat, mais elles se sentent appelées à imposer leurs convictions dans le sens des autres. Ici, elles dépassent souvent le but et ne demandent pas si les autres veulent vraiment cet engagement et l’apprécient. Cela ne leur apporte pas toujours de sympathies. Leur sens de la justice est aussi interprété à partir de leur propre attitude. Elles peuvent être de grands combattants pour la justice et se mettre elles-mêmes dans le tort, dans leur volonté de combat, à travers la violence de leurs attaques, leur entêtement et leur persévérance.
Leur sentiment d’être poussés et leur impatience peuvent aussi être très éprouvants et stressants pour les autres. L’agitation motrice des personnes touchées par le TDAH peut aussi rendre les collègues nerveux et impatients. Souvent, elles sont constamment en mouvement, ballotant le pied ou tambourinant des doigts.

Il est souvent difficile pour les personnes touchées par le TDAH de trouver une bonne place dans une entreprise. Cela commence déjà par la difficulté d’accepter les autorités et de se soumettre. C’est pour elles une horreur lorsque quelqu’un décide pour elles et leur donne des ordres. Les structures hiérarchiques leur sont contraires et elles réagissent souvent de manière inappropriée lorsqu’elles doivent suivre des ordres ou qu’on leur impose des limites. Elles « dépassent souvent les bornes dans le ton » envers les supérieurs.
Il leur est aussi difficile de faire face aux échecs. Leur tolérance à la frustration est plus faible que chez les autres. Les personnes avec TDAH réagissent rapidement blessées lorsqu’elles sont critiquées et elles prennent la critique de manière extrêmement personnelle. Il leur est difficile de voir la critique aussi comme une opportunité et une possibilité de développement.
En résumé, on pourrait dire que les personnes touchées par le TDAH ont davantage de stress dans leur vie professionnelle et font aussi davantage de stress aux autres.
Les côtés positifs du TDAH dans le travail
Les personnes touchées par le TDAH peuvent être très engagées et enrichir considérablement une entreprise avec de nombreuses idées créatives et originales. Dans leur manière non conventionnelle et ouverte, elles peuvent entraîner les autres. Avec leur pensée latérale, elles peuvent arriver à des idées impossibles sur lesquelles personne d’autre ne viendrait.
Quelles professions sont particulièrement adaptées ?
Le TDAH qualifie pour des professions qui sont passionnantes, rapides et excitantes et où il s’agit de décrocher une commande, d’obtenir un entretien ou de prendre une photo. Le travail en extérieur, la vente, le journalisme sont ici de bons exemples.
Lorsque la tension monte et que des situations d’urgence se dessinent, les personnes touchées par le TDAH ont souvent l’esprit clair et une bonne vue d’ensemble. Les personnes touchées par le TDAH sont souvent de bons ambulanciers ou médecins d’urgence. Elles peuvent aussi être de bons procureurs, si elles peuvent vivre leur sens de la justice par là.
Voir aussi Justice sensitivity et “I’m An Immigration Attorney and My ADHD Emotions Win Cases.”
Les professions créatives et artistiques peuvent aussi être très bien exercées par les personnes avec TDAH. Leur créativité et intuition peuvent s’épanouir ici. Elles sont aussi fréquemment trouvées parmi les politiques, les acteurs et dans tous les médias. Dans ces professions, elles peuvent aussi être très réussies et connaître une grande reconnaissance.
On sait que certains métiers vont davantage attirer les profils TDAH, à titre d’exemple, plus de 12% des avocats peuvent être concernés par le TDAH (Krill, Johnson, Albert, 2016). Cf. Lawyers with ADHD Are Great at Their Job
Les paragraphes ci-dessus concerne avant tout les profils avec hyperactivité. Les TDA, sans hyperactivité, qui eux sont souvent hypoactifs, auront – en principe – besoin d’autres types de métiers: le Dr. Neuy mentionne, dans un webinar, davantage des métiers créatifs (rédacteur, certains métiers du marketing etc.) ou techniques (par. ex. IT, si intérêt pour ce type de métier software development etc.), ou manuelles (pour le côté concret, résultats visibles rapidement), ou tournés vers l’autre (empathie), les métiers du social, de souvenir. En tout cas si vous avez une hyperactivité ou plutôt une hypoactivité, ce ne seront pas les mêmes métiers.
La distinction entre métiers pour hyperactifs et hypoactifs me semble intéressante à faire, mais il n’y a pas de réponse simple, linéaire. C’est avant tout une question de connaissance de soi, mais aussi d’environnement. C’est au cas par cas qu’il faut faire émerger la trajectoire professionnelle adéquate pour vous: si on prend le ces de métiers « dynamiques »: bien sur on y pense pour les hyperactifs, mais ils peuvent avoir un effet positivement activant aussi pour les hypoactifs, il faut considérér le profil de la personne et la situation dans l’ensemble.
De même, il y a un grand nombre de métiers qui, quand il faut les exercer dans un open space et sous les ordres d’un chef qui se sent menacé par le salarié TDAH, vont vite être insupportables. Alors que le même métier, avec un chef compétent et capable de faire confiance, qui laisse le salarié travailler aussi en télétravail, peut être adéquat au moins provisoirement – le temps de s’organiser pour une éventuelle reconversion, si nécessaire. Par ailleurs comme précisé plus haut, il faut également nuancer le fait que toute personne avec un TDAH va être en difficulté dans un open space: le Dr Lachenmeier cite aussi le cas contraire, les personnes qui peuvent mieux fonctionner avec un certain bruit de fond neutre, comme on le trouve aussi dans les cafés.
Les office politics ne motivent pas les TDAH en général, quoi qu’il arrive: ils n’auront pas les réactions et réflexes adéquates, ce qui leur coûtera, puisque l’entreprise n’est pas une démocratie. On sait que les profils hypoactifs sont souvent victimes de harcèlement à l’école (trop passifs quand il faut savoir se défendre de manière réactive), on peut se demander si c’est le cas aussi en entreprise.
Pour les germanophones, de l’association suisse ADHS 20+ « ADHS und Autoritäten ».
« ADHD can be a CEO’s secret superpower »

« Bill Gates, Walt Disney, Richard Branson, le fondateur et président d’IKEA Ingvar Kamprad, le fondateur de Jet Blue David Neeleman, le PDG de Cisco Systems John T. Chambers, Jim Carrey et Howie Mandel ont tous un TDAH. Ils ont trouvé des moyens de trouver un ordre complet dans leur désordre. Une fois sortis du système scolaire structuré, le TDAH n’est pas un trouble, mais plutôt un trait bénéfique dans le monde du travail » (extrait de chadd.org).
American optimism, certes, mais il ne faut pas oublier que nombreux sont les personnes concernées par le TDAH qu’on ne voit jamais en consultation psy parce qu’ils ont trouvé ou crée un environnement de travail qui leur permet de s’épanouir (cf. les articles ci-dessous, dans la partie Ressources).
Mais: je reprends ici ce que j’ai écrit dans l’article Thérapie du TDAH: Le Dr. Russel Ramsay quant à lui met en garde contre des affirmations exagérées par rapport à des super pouvoirs etc. de profils TDAH. Dans son dernier ouvrage « Once I Get Started » (2026), il affirme qu’on n’a pas d’études confirmant un avantage du fonctionnement TDAH par rapport à l’entrepreneuriat ou la créativité: ces deux aspects en particuliers convergeraient avec la population générale: Chez les profils TDAH aussi, il y a ceux qui en ont peu, moyennement ou beaucoup. En tout cas, les nombreux entrepreneurs ayant communiqué sur leur TDAH publiquement confirment: réussir en tant qu’entrepreneur est possible avec un TDAH.
Néanmoins, dans l’article Entrepreneurship and psychological disorders: How ADHD can be productively harnessed, un lien est fait entre des caractéristiques des personnes avec un TDAH, comme l’impatience (critère impulsivité), et certains traits positifs dans un contexte entrepreuneurial, comme la proactivité et la capacité à prendre des risques:

Bottom line TDAH & entrepreneuriat: Donc il n’y a pas davantage d’entrepreneurs dans la population des personnes avec un TDAH, mais lorsqu’une personne avec un TDAH devient entrepreneur, elle peut avoir des avantages en lien avec son TDAH.
Le Dr Lachenmeier parle, quant à lui, de deux types d’avantages: l’avantage innovation et l’avantage urgence.

Il y a beaucoup d’hommes dans la liste ci-dessus – et les femmes? Il semble qu’il y ait beaucoup moins d’exemples dans les média de femmes ayant réussi professionnellement. Est-ce qu’on réussit moins bien en tant que femme TDAH? Qu’en est-il réellement? D’une part, avec l’internalisation des symptômes (plus d’anxiété, dépression etc). et le masking et la surcompensation des symptômes chez les femmes, on a un important retard a rattraper en termes de diagnostic: beaucoup de femmes concernées ne le savent pas tout simplement. D’autre part, les symptômes du TDAH ne cadrent pas bien avec notre vision de la femme, qui ne doit pas prendre trop de place, ne pas être trop bruyante, ne pas être trop énergique. C’est pour cela qu’on n’a beaucoup moins de femmes qui font leur outing public. Heidi Klum, mannequin, a fait son outing récemment. On a beaucoup de femmes qui sont déjà présents dans les média par leur métier, des mannequins, actrices, chanteuses, athlètes de haut niveau etc. : Simone Biles, Emma Watson, Paris Hilton, Heidi Klum, Cara Delevingne, etc.
Certains métiers / situations favorisent aussi davantage que les personnes concernées par le TDAH en parlent publiquement, par exemple, je pense que pour un psychiatre en libéral, avec une longue expérience, c’est plus facile d’en parler publiquement que lorsqu’on est pilote ou consultant ou juge ou médecin urgentiste. Ainsi, les psychiatres allemands Dr Martin Winkler, Dr Astrid Neuy et son mari, ainsi que les Drs Krause, auteurs du livre « ADHS im Erwachsenenalter », et le psychiatre suisse Dr. Heiner Lachenmeier, auteur du livre « Mit ADHS erfolgreich im Beruf » ci-dessous, ont publiquement dit qu’ils sont concernés par le TDAH.
Les listes des personnes ayant fait leur coming-out est très anglo-saxonne/US-américaine aussi: là encore, ces sociétés ont davantage déstigmatisées le TDAH (en tout cas pour certains types de professions). Tous ces points expliquent une certaine surreprésentation de certains profils, en ne prouve nullement qu’on peut réussir dans une spectre limité de professions. Tout est question de connaissance de soi et d’adéquation du profil avec son environnement et les exigences du métier en question. Cf. aussi les ressources ci-dessous, dont le pdf du CADDAC.
The Stars Who Aligned ADHD with Success
Quelles professions sont plutôt problématiques ?
Pour les personnes touchées par le TDAH, les professions sont problématiques qui exigent une grande précision ou dans lesquelles des activités monotones sont importantes. L’ennui et la sous-sollicitation conduisent chez les personnes avec TDAH à une mauvaise morale de travail. Elles peuvent s’enthousiasmer peu pour un travail dans ces conditions et ainsi rendre peu de performances. Les travaux dans le contrôle ou des saisies de données stupides peuvent les pousser à la folie selon le Dr Neuy.
Quelles sont les bonnes conditions de travail pour les personnes touchées par le TDAH ?
Les personnes touchées par le TDAH ont besoin de tâches pour lesquelles elles peuvent s’enthousiasmer et qu’elles trouvent passionnantes. De plus, elles ont besoin de mouvement et de variété. Des espaces créatifs sont utiles, dans lesquels elles peuvent développer leurs idées. D’une part, elles ont besoin d’espaces de liberté et d’indépendance, mais d’autre part, elles ont aussi besoin de limites et de structures claires. Elles ont souvent besoin d’échéances et de contrôles et d’étapes de travail précisément définies. Le style de leadership autoritaire et l’arbitraire sont cependant du poison pour les personnes touchées par le TDAH.
Quelles conditions de travail sont problématiques ?
En raison de la sensibilité aux stimuli des personnes touchées par le TDAH, les bureaux open-space sont pour elles généralement le cauchemar absolu. Elles sont distrait par chaque stimulus. Chaque appel téléphonique du collègue sera entendu par elles et elles y penseront, chaque aller à la machine à café sera enregistré par elles. Chaque conversation des collègues les arrache de leur travail. Les employeurs ne soupçonnent généralement pas à quel point ils stressent les personnes touchées par le TDAH avec des bureaux en espace ouvert. Les personnes avec TDAH sont totalement livrées à cette surcharge de stimuli constante ! À la fin d’une journée de travail, elles sont beaucoup plus épuisées que si elles pouvaient se retirer dans une pièce et accomplir leurs tâches sans être dérangées. Néanmoins, là encore il y a aussi le cas contraire, le profil TDAH qui va fonctionner avec un bruit ambiant, un café ou.. un certain type d’open-space – c’est donc vraiment au cas pas cas (cf. Dr. Heiner Lachenmeier).
Que doivent apprendre les personnes touchées par le TDAH pour réussir professionnellement ?
Les personnes touchées par le TDAH doivent apprendre à bien organiser leur travail et elles-mêmes et à travailler de manière fiable. De plus, il est important qu’elles restent socialement compatibles dans leur communication et qu’elles ne fassent pas souffrir les autres de leurs sautes d’humeur. Il est aussi important qu’elles apprennent à faire des compromis, à développer de la tolérance et à s’exercer dans la patience et le calme.
La question de l’indépendance chez les personnes touchées par le TDAH
Les personnes touchées par le TDAH cherchent souvent l’indépendance. La possibilité de prendre des décisions par elles-mêmes et de ne pas avoir de chef au-dessus d’elles est pour elles particulièrement tentante. Avec leurs idées créatives, ce n’est pas d’abord un mauvais choix. Malheureusement, (selon le profil, la gravité des symptômes, le niveau d’intelligence, leur réseau de soutien) les personnes avec TDAH indépendantes échouent souvent, et ce pour des raisons que les autres personnes ne peuvent pas du tout comprendre : elles ne font pas de déclaration d’impôts, manquent l’enregistrement de la TVA, ne paient pas leurs factures. Elles perdent la vue d’ensemble sur leurs finances, car celles-ci sont compliquées et ennuyeuses pour les indépendants. Les propriétés du TDAH ne sont généralement pas non plus une bonne précondition pour diriger et motiver son propre personnel. Néanmoins, il y a aussi de nombreux profils TDAH qui y arrivent: il est possible d’acquérir ces compétences et de se faire aider.
Le Dr Lachenmeier a une approche très nuancée par rapport aux tâches nécessaires à accomplir professionnellement et en tant qu’indépendant: selon lui, il faut faire une analyse des tâches qui relèvent du « motivant / tâches idéalement présents dans l’activité » elles doivent être présents en grand nombre / constituer une bonne partie de l’activité professionnelle; ceux que la personne peut « accepter et apprendre à accomplir »; et les tâches « no-go »: ces dernières sont a externaliser sans sentiment l’échec, des personnes à trouver pour la comptabilité, le marketing, le ménage.
Résumé
Les personnes touchées par le TDAH doivent trouver une tâche professionnelle qui leur convient, dans laquelle leurs spécificités deviennent un avantage. En ce sens, le Dr Astrid Neuy recommande une vidéo (youtube.com) d’Eckardt von Hirschhausen : Der Pinguin (Le Pingouin).

Hirschhausen raconte l’histoire d’un pingouin qui se trouve dans le désert. Là, il est maladroit et inutilisable. À peine est-il dans l’eau, qu’il apparaît rapide, habile, agile, incroyablement élégant. « Quand un pingouin est dans le désert, alors ce n’est pas un miracle qu’il ne glisse pas ». Eckhardt von Hirschhausen crée avec cette courte apparition un appel percutant à chacun, de trouver un bon environnement pour lui-même. Un environnement dans lequel nos forces sont nécessaires, viennent à s’exprimer, dans lequel nous connaissons le succès et la reconnaissance avec cela. À juste titre, il dit : «Faire passer les forces vers les forces est tellement meilleur que de s’occuper de ses faiblesses.» Bottom line: trouvez votre élément.
Dans son dernier ouvrage « Once I Get Started », Dr Russel Ramsay arrive à un constat très similaire: « Dans une parabole appelée L’École des animaux, les animaux créent une école pour se tenir à jour avec les exigences du monde moderne. Le programme comprend la course, la grimpe, la natation et le vol. Le poisson était excellent en natation, mais a dû y renoncer pour se perfectionner dans les autres domaines. L’écureuil était au sommet de la classe en grimpe, mais pas en vol. Le lapin était un coureur rapide, mais a dû consacrer du temps supplémentaire à la piscine pour améliorer sa natation, et ainsi de suite. Cette histoire illustre le principe de l’adéquation (goodness-of-fit).
Le TDAH n’est pas causé par l’environnement, mais il est lié à l’environnement. Malgré vos talents uniques, vous pouvez être placé(e) dans des situations où vous ne pouvez pas les mettre en œuvre et où vous recevez plutôt des responsabilités qui mettent l’accent sur vos faiblesses, ce qui peut vous laisser un sentiment d’ineptie.
Il existe un ensemble de capacités qui peuvent s’aligner de manière très satisfaisante dans de nombreux emplois, matières scolaires et autres situations ; mais parfois il y a des décalages, des inadéquations dans lesquelles une personne ne sera pas à son meilleur, ni même à son niveau moyen. C’est plus souvent le cas pour les adultes avec TDAH, car vous possédez peut-être une bande plus étroite de bonnes adéquations potentielles. (…) Vous pouvez rencontrer des changements de travail qui sont triviaux pour les autres, mais qui sont des obstacles majeurs, parfois transformeurs de vie, pour vous. Même si vous êtes déjà dans une situation plutôt bonne, il existe des façons de l’améliorer » (p. 238 « Once I Get Started »).
Ci-dessous, de nombreuses ressources, livres, vidéos et articles en anglais, français et allemand qui peuvent vous aider dans votre réflexion.
Voir aussi: Thérapie du TDAH – Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité
Ressources

Source: Merci à Dr. med Astrid Neuy (article traduit avec perplexity.ai et largement complété), elle s’est basée sur ces textes:
- Caroline Bonnes : Le développement professionnel des personnes avec TDAH
- Lynn Weiss : ADS au travail
Pour les germanophones, voir aussi:
- Mit ADHS erfolgreich im Beruf (Heiner Lachenmeier), 2021
- ADHS-winkler auf Insta: Post zu Ikigai für ADHS-ler
Livres, websites, articles et vidéos en anglais et français
Livres
Heiner Lachenmeier ADHD and Success at Work: How to turn supposed shortcomings into strengths (2023)
Kathleen Nardeau The ADHD Guide to Career Success: Harness your Strengths, Manage your Challenges (2015)
Vidéos
How to Function With ADHD: The Entrepreneurial Mind | Ned Hallowell
Voir aussi: les vidéos du Dr Russell Barkley sur youtube et pour une 1ère intro, la chaine ADHD chatter
Articles
Comment le TDAH vous affecte-t-il au travail ? (CADDAC)
Peut-on réussir professionnellement avec un TDAH ? L’exemple de Catherine Testa (Courrier Cadres)
Paradoxical career strengths and successes of ADHD adults: an evolving narrative Crook et al. (2023)
Career choices and workplace challenges for individuals with ADHD Kathleen Narceau (2005), nb: elle cite, parmi d’autres outils, le MBTI, qui est controversé.
ADHD IN THE WORKPLACE Creating a Neurodiverse Environment (CADDAC)
Great Job! A Career Happiness Formula for Adults with ADHD
Guide to Choosing Your Best Career
The Mysterious Paradox of Being a High Achiever With ADHD
‘Shine bright like a diamond!’: is research on high-functioning ADHD at last entering the mainstream? (pdf ci dessous)
High-Functioning ADHD: The Reality Behind Success
Workplace Gaslighting Disproportionately Impacts Neurodivergent Professionals
Images: Unsplash / One zone studio, Sunrise king, Field cottage, Denys Nevoszhai, Julian Gentile, Brett Jordan
En Allemand
ADHS und Autoritäten
ADHS und Beruf
