Solitude | Amour

Le couple, ou l’absence de partenaire, est une des principales problématiques évoqués par mes patients. La peur de finir seul(e) est souvent une préoccupation majeure des personnes qui consultent.

J’ai décidé de reprendre quelques idées clés (en vrac) de l’ouvrage « Un sentiment de solitude » de Monique de Kermadec, qui nous livre quelques conseils qui me semblent intéressants, même si l’auteure ne prétend pas pouvoir remédier à une solitude profonde grâce à ces seuls conseils.

Attitudes à adopter 

L’auteure propose les points suivants:

  • Résister à l’hyperconnectivité devenue une addiction
  • S’astreindre à maintenir des liens réels avec les autres, téléphoner plutôt que d’adresser des SMS
  • Réévaluer la hiérarchie des valeurs qu’on a adoptés : nous correspondent-elles ? Sont-elles compatibles avec notre notion et notre attente du bonheur ?
  • Perdre l’habitude de tout centrer sur soi, de se faire passer en premier
  • Réfléchir et envisager le point de vue de l’autre
  • Prendre de son temps pour organiser des dîners avec ses amis authentiques et célébrer les fêtes de famille traditionnelles
  • S’interdire l’omniprésence de la télévision
  • S’ouvrir spirituellement à des matières qui nourrissent l’esprit, et comblent le vide que creuse une société matérialiste à l’extrême : musique, littérature, théologie, etc.
  • Ne pas redouter de succomber à la mode des grandes randonnées : la marche permet de retrouver son rythme personnel, d’entrer dans son temps propre, et de réfléchir aux rapports entre l’être et l’avoir
  • S’obliger à faire la liste de ce dont on a réellement besoin, matériellement et de ce à quoi on a consacré des sommes extravagantes au lieu d’un tête à tête avec amis, enfants, conjoint, famille
  • Adopter toutes les pratiques – yoga, natation, méditation – qui amène une meilleure connaissance de soi, à une meilleure respiration, à un recentrage
  • Réfléchir à la nature de ses rapports avec chacun de ses amis, et à l’équilibre de ses affects..

De Kermadec propose de considérer et de critiquer quelques mythes concernant la solitude :

  1. L’amour est une solution à la solitude
  2. Certaines relations sont par essence plus proches, plus intimes que d’autres
  3. Si l’on se sent seul, il faut aller chercher de la compagnie

Une relation amoureuse peut assurément apporter une réponse à ce sentiment douloureux. Mais encore faut-il qu’elle soit équilibrée. Il faut donc absolument fuir les situations suivantes : amour non-partagé, déséquilibre dans la relation, ou aimer une personne qui, en raison de sa personnalité et de sa nature, ne saurait pas vous rendre heureuse. L’amour n’est sain que lorsqu’il rapproche : c’est le sentiment de proximité intellectuelle, de disponibilité affective qui estompera le sentiment de solitude. Une telle qualité de relation est possible à condition que chacun ait le souci authentique de l’autre, ce qui se traduit en actes par des efforts de part et d’autre.

Il faut aussi apprendre à respecter le style d’une relation : certaines peuvent être authentiques et profondes, tout en maintenant une distance entre les membres du couple. A l’inverse, d’autres relations se nourrissent et se consolident dans le contact quotidien.

Le simple fait d’être entouré de personnes n’apporte pas toujours une solution à la solitude.

La satisfaction ou le bonheur que l’on retire d’une relation dépend de ce que chacun ressent en présence de l’autre, c’est à dire de la proximité ou de la distance. En fait, il est capital de comprendre qu’on n’a pas besoin d’être proche de tous ceux qu’on rencontre puisque la solitude est liée à l’interaction de plusieurs facteurs :

  • une méconnaissance de nous-mêmes, et donc de l’autre
  • une vulnérabilité à l’absence de connexions à l’autre, ce qui provient d’une difficulté à réguler certaines émotions associées au sentiment de solitude
  • des représentations mentales et des attentes par rapport à l’autre

Le premier pas consiste à sortir de soi

Rester centré sur soi-même et écouter ce que l’on ressent en permanence est une fermeture à l’autre dont on n’a pas toujours conscience.

S’extraire de sa solitude nécessite de détourner son attention du fait d’être seul ou de subir telle ou telle situation, pour s’ouvrir à un nouveau mode de vie. Nous possédons tous le pouvoir de filtrer ou de limiter certaines émotions débilitantes : il est essentiel de prendre conscience de ce pouvoir.

Des croyances limitantes

Ce que nous croyons à une importance énorme sur nos problèmes émotionnels, ces croyances peuvent les aggraver (croyances limitante) ou les résoudre (confiance en soi). Une croyance solidement ancrée se réalise souvent : croire que vous ne réussirez jamais à avoir des amis, des relations professionnelles fructueuses, un mari, une femme peut vous bloquer dans un cycle qui se répétera à l’infini et vous rendra malheureux.

Les difficultés émotionnelles, la douleur sont une réponse de notre sensibilité à une situation qui peut toujours changer.

Les jugements définitifs sur soi-même ou les autres dépriment et rendent sourd et aveugle à notre propre capacité à contrôler les émotions qui nous fragilisent.

Pour sortir de la solitude et être plus proche de l’autre, il faudra veiller à une communication de qualité et maintenir une écoute. Nous ne sommes pas toujours conscients de la superficialité de notre écoute. Or pour se rapprocher, il est essentiel d’écouter l’autre jusqu’au bout. Combien de fois nous nous contredisons, interrompons, sans chercher à comprendre, à reconnaître et à identifier ce que ressent notre interlocuteur. L’autre ressentira et appréciera cette empathie d’autant plus que dans les échanges en général, cette écoute se fait de plus en plus rare.

Veillez toutefois à ne pas accuser abusivement l’autre de ne pas être à l’écoute. La communication doit aussi être récréative. Partager des ressentis est primordial quand il existe déjà un lien de confiance. Mais s’exprimer avec sincérité est aussi important que la concision.

Résistez à la pensée que vous connaissez parfaitement l’autre, que ce soit votre partenaire, votre famille, etc.

Choisissez avec soin vos partenaires

Si ça vous coûte votre paix intérieure, c’est trop cher

On peut être spontanément attiré par une personne sans que cela signifie forcément que l’on s’entendra bien.

Se demander si quelqu’un vaut la peine d’être connu est une question qu’il faut éviter de se poser car elle limite l’enthousiasme et contrait le bel élan vital vers l’autre.

Toutefois soyez attentifs à ces points lors de vos premiers échanges avec l’autre. Se dévoile-t-il ? Monopolise-t-il la conversation ? Est-il présent ou reste-t-il en retrait?

Il est important quand on cherche à établir une ou des relations de qualité, d’être attentif à l’aptitude que l’autre possède à ressentir et à partager ses émotions, à répondre de façon appropriée, à prendre des responsabilités personnelles, et à accepter d’investir pleinement, de façon équilibrée, son lien avec autrui. Il ne faut pas chercher à être proche de tous ceux qu’on rencontre.

Il faut savoir accepter les échecs dans nos tentatives d’ouverture

Les maladresses ou les mauvais choix sont fréquents pour tout le monde. Il est important d’aborder l’échec comme une éventualité, et refuser de l’envisager comme une fin définitive. Personne n’est infaillible. Et l’échecs est une source d’apprentissage. Contrairement à ce que semblent penser beaucoup de gens qui souffrent de solitude, les échecs relationnels sont monnaie courante chez la grande majorité des gens.

La pire solitude : être seul(e) dans son couple

L’échec résulte souvent du fait qu’on préfère entretenir une relation insatisfaisante plutôt que d’être seul. La peur de la séparation conforte de mauvaises alliances. Le choix de rester, si irrationnel soit-il, est très fréquent. Mais on est toujours bien plus seul en compagnie de quelqu’un qui ne nous rend pas heureux (et la réciproque est toujours vraie) que seul.

Il faut donc évaluer ses besoins affectifs et se mettre en quête de personnalités qui nous correspondent, ou avec lesquelles on se trouvera de véritables affinités.

Il faut apprendre à vivre dans le présent

Apprenez à abandonner vos objectifs irréalisables (le mari parfait, le mariage de rêve). Vouloir contraindre en permanence votre quotidien pour qu’il corresponde à ce que vous désirez est le plus sûr moyen de ne jamais atteindre vos objectifs.

De nombreux hommes et femmes croient à tort que le bonheur tant désiré est un accomplissement toujours lointain, à venir, et que le moment présent n’est jamais plus qu’ne étape à franchir pour s’en approcher. Entièrement focalisés sur leur objectif, ils ne vivent jamais pleinement le moment présent. Ils ne sont jamais dans l’instant, et négligent ainsi leur for intérieur qui ne demande qu’à se nourrir de ce qu’il peut découvrir dans l’immédiat. Leur objectif lointain les prive du simple plaisir de l’échange. Il les rend imperméables à l’inattendu. Ces hommes et ces femmes s’engagent dans la poursuite aveugle d’un immense bonheur à venir, mais dans le moment présent ils restent seuls.

Toute relation de valeur se tisse avec le temps. Les relations nourrissantes demandent du temps pour exister et se consolider. Il faut donc s’armer de patience. S’impliquer dans le moment présent, c’est justement faire preuve de patience par rapport à sa vie.

Renoncer à son faux self

Pour que les autres puissent se rapprocher de nous, il est fondamental de s’aimer soi-même, autant dire d’apprendre à se percevoir comme un être digne d’amour, dans la vérité de son être, avec ses qualités et ses défauts, ses limites et les erreurs de son passé. Le prince charmant ou la belle princesse sont des images de perfection à quoi nous n’avons pas à ressembler.

Nous n’avons pas à lier l’amour dont nous pouvons être l’objet avec des preuves matérielles de notre réussite sociale. C’est notre être qui doit être aimé, et non ce que nous accomplissons.

Accepter d’être faillible

Les relations amicales et amoureuses s’enracinent dans la sincérité, la confiance et l’empathie. L’exposition de ses vulnérabilités est un acte de confiance en l’autre.

Sortir de la solitude, c’est de réapprendre à entrer en relation avec un inconnu

C’est accepter de vivre le lien jusque dans les moments d’insécurité. Cette attitude exige de la délicatesse et de la patience, avec soi-même et avec l’autre.

Il faut commencer par se libérer de ses remords et de ses rancunes, ainsi que du souvenir des échecs passés. Chaque relation est unique. Garder les traces d’un lien ancien, que ce soit dans la nostalgie ou dans le ressentiment, ce n’est ne pas donner toute sa place à celui qui vient. On ne peut pas s’ouvrir à l’autre tant qu’on n’est pas entièrement libre d’aimer, comme d’être aimé.

Chat échaudé craint l’eau froide

Quelque soient ses blessures anciennes, ou ses réticences, ou l’impression qu’on court à l’échec, il faut persévérer, et se redire qu’on mérite toujours d’être élu et aimé. Si vos doutes vous étouffent, prenez un confident. Et l’autre, l’aimé, peut-être aussi ce confident.

Parler à l’autre c’est aussi sortir du ressassement solitaire. La solitude conduit au monologue, et au ressassement. Le dialogue est fructueux, car il ouvre un espace d’écoute, de connaissance mutuelle, d’échanges et de complicités, qui sont autant de structures pour une relation solide. La sortie de la solitude consiste dans ce premier pas vers l’autre, un ami, un confident qui restaure la confiance en soi, et l’estime de soi. Rassuré sur sa capacité à trouver un camarade, voir un ami, on peut envisager de chercher celui ou celle avec qui on partagera plus encore.

La recherche de l’autre avec l’aide de la psychothérapie

(…)Vivre des relations affectives épanouissantes sur le plan émotionnel, demande de faire des efforts d’attention et de soin.

Le lien exige d’être entretenu. Il demande une haute vigilance, à la fois dans l’attention portée à l’autre si on l’a trouvé, comme dans l’attention portée à soi-même lorsqu’on s’embarque dans une relation boiteuse et malsaine, comme la propose le (pervers) narcissique. Sortir de la solitude ne signifie pas sortir de sa solitude à n’importe quel prix.

Et il convient d’éviter ou de fuir très vite tous ceux dont on découvre, de façon patente, qu’ils cherchent à vous manipuler à travers vos peurs, vos fragilités, en jouant sur vos sentiments.

La solution à la solitude ne se trouve pas dans la quantité mais dans la qualité des relations.

Le lien avec autrui n’est nourrissant que s’il a du sens, et s’il apporte de la satisfaction à chacune des deux parties.

Une relation satisfaisante ne s’obtiendra qu’au terme d’un travail d’apprentissage de l’autre, d’une approche attentive et respectueuse.

« Apprivoise-moi », demande le renard au petit prince, qui donne à l’enfant toute la méthode pour cela. Considérez l’autre comme un être d’exception, unique dans sa vie, Etre fidèle. Entretenir l’attente. Ménager le désir. Ce qu’il y a d’universel dans les recettes du renard au petit prince, c’est qu’elles évoquent le lien d’amour dans ce qu’il a de plus pur et de plus gratuit. L’auteure recommande toujours ce livre aux parents, et à ses atteints les plus impatients et radicaux dans leurs rapports affectifs, car on n’a jamais su mieux dire en la matière que ce chef d’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry.

Pour autant, rien n’est plus profitable au lien amoureux que le travail qui consiste à se connaître soi-même. Pour éviter de se tromper sur ses désirs.

La solitude comme recueillement est un art, une source de jouvence, et l’occasion de vivre pleinement sa vie intérieure, à condition d’en avoir cultivé une (nb. il n’est jamais trop tard pour le faire)

Les quatre étapes du développement du lien amoureux

1. Le pré-attachement : la période initiale de « flirt ». Il n’y a pas encore un véritable lien d’attachement, mais ces préliminaires favorisent l’apparition d’un plaisir d’être ensemble si la satisfaction sexuelle n’est pas l’unique objectif de la rencontre. Pour autant, le désir et l’attirance sexuels favorisent la construction d’un lien d’attachement, et cette attirance physique sera renforcée par le sentiment amoureux.

2. L’attachement en voie de constitution : phase où l’on tombe amoureux et où la recherche d’intimité n’est plus uniquement motivée par l’attirance sexuelle, mais par la recherche d’une intimité et d’une connivence qui procurent une source de sécurité.

3. Le lien d’attachement proprement dit : phase ou l’on est amoureux. Ici, l’attraction sexuelle prend moins d’importance que les échanges émotionnels, qui construisent véritablement la relation dans la durée. Ce lien amoureux est associé par les deux membres du couple à un sentiment d’harmonie, de calme et de sérénité. Il réduit le stress au sens biologique du terme. Le partenaire devient alors le ‘havre de sécurité’.

4. Le partenariat corrigé quant au but : c’est l’étape de la ‘post-romance’. La nécessité d’une symbiose amoureuse absolue qui absorbe toute l’énergie du couple, et qui a permis la construction du lien d’attachement, s’amenuise. Sécurisé dans son sentiment amoureux, conforté dans son estime de soi et la confiance en l’autre consolidée par l’étape précédente, chacun peut se tourner vers l’extérieur et libérer l’énergie psychique qu’a absorbée son investissement amoureux pour continuer sa vie professionnelle et sociale, avec d’autant plus de sérénité que chacun est assuré de l’existence d’un lien d’attachement. On retrouve alors la même balance que pour l’enfant entre le système d’attachement et le système ‘exploratoire’.

(…) Autant dire que plus il a été équilibré dans la balance entre système d’attachement et système exploratoire plus son couple sera solide et plus encore si cette caractéristiques partagée par son partenaire.

Encore faut-il que dans l’enfance, le lien d’attachement se soit constitué de façon harmonieuse. Si l’adulte a été un enfant dans l’évitement ou un enfant dans l’angoisse il aura tendance à rechercher ce qu’il a déjà vécu, à reproduire une relation affective qui lui est familière.

Une insécurité qui peut se traduire par l’impression d’être mal compris, mal accepté, mal aimé (ou mal respecté) et qui procure alors un sentiment douloureux de solitude. »

Ces passages illustrent très bien pourquoi beaucoup de personnes consultant pour un problème de couple ont souvent aussi des difficultés à trouver leur voie professionnelle. Il explique aussi le lien entre une enfance « sous-optimale » et une vie de couple peu épanouissante à l’âge adulte ou des problèmes professionnels.

Autrement dit, si mon lien à l’autre est fragile (voire obsessionnel), cela risque d’impacter ma confiance en moi, les ressources et l’énergie nécessaire pour prendre des risques, oser, expérimenter, agir etc. En somme, pour faire ce qu’il faudrait faire pour avancer professionnellement dans une direction qui fait sens pour moi, en phase avec mes valeurs et mes aspirations.

Ces paragraphes nous montrent aussi l’importance de tenir compte de relations d’attachement (autrement dit des difficultés dans nos relations avec nos parents par exemple dans notre enfance) dans la thérapie, comme c’est le cas de la thérapie des schémas, qui est une approche ‘attachementiste’, méthodique et co-constructive, qui permet de faire le lien entre l’impact des évènements passés et nos difficultés aujourd’hui.

Les schémas directement impliqués peuvent être, par exemple, « carence affective », « abandon », « méfiance/abus », « dépendance », « recherche d’approbation ».

Extraits de : Monique de Kermadec « Un sentiment de solitude » Albin Michel 2017

autre livre fort recommendable: Marie-France Hirigoyen « Les nouvelles solitudes »